Illustration — Joseph Kabila 2014

Politique - 10 avril 2026

MSF signale plus de 3 300 cas de violences sexuelles au Darfour

Par Amina Kabasele3 min de lectureEnglish

Darfour, 31 mars 2026 - Un nouveau rapport de Médecins Sans Frontières (MSF) révèle que plus de 3 300 survivantes de violences sexuelles ont été soignées dans la région soudanaise du Darfour sur une période de moins de deux ans, soulignant l'ampleur des abus dans les zones touchées par le conflit. Les résultats, publiés mardi, montrent que 3 396 survivants ont reçu des soins dans les établissements soutenus par MSF au Darfour Nord et Sud entre janvier 2024 et novembre 2025. Le rapport s'appuie sur des données médicales, des témoignages de survivants et des entretiens avec des acteurs locaux travaillant en étroite collaboration avec les communautés affectées. Les femmes et les filles représentaient 97 % des victimes, MSF avertissant que le nombre réel de cas est probablement bien plus élevé en raison de l'accès limité aux services médicaux et des risques associés à la recherche de soins. Selon le rapport, les combattants des Forces de soutien rapide (RSF) et des milices alliées se sont rendus responsables de violences sexuelles généralisées et systématiques. Les schémas d'abus indiquent qu'au Darfour Nord, des hommes armés étaient impliqués dans plus de 95 % des cas signalés, tandis qu'au Darfour Sud, environ 60 % des agressions impliquaient plusieurs auteurs. Le rapport, intitulé « J'ai quelque chose à vous dire : survivre à la crise des violences sexuelles au Darfour », met en lumière une forte escalade de la violence après la prise d'El Fasher en octobre 2025. Dans la foulée, MSF a soigné plus de 140 survivants qui avaient fui vers Tawila, dont 94 % ont signalé des attaques perpétrées par des hommes armés. De nombreux survivants ont déclaré avoir été agressés alors qu'ils fuyaient la violence, souvent devant des membres de leur famille et fréquemment par plusieurs agresseurs. Le rapport note également que les communautés non arabes ont été délibérément ciblées dans le cadre d’un schéma plus large d’humiliation et d’intimidation. Entre décembre 2025 et janvier 2026, MSF a enregistré 732 cas supplémentaires dans les camps de déplacés autour de Tawila. Les femmes ont déclaré avoir été victimes d’attaques à la fois pendant leur voyage et à l’intérieur même des camps. Au camp de Daba Naira à Tawila, au moins 206 survivantes ont reçu des consultations spécifiquement liées au viol. La plupart des victimes n'ont pu accéder à des soins médicaux qu'environ trois mois après l'agression, ce qui reflète à la fois les dangers du voyage et le manque de services immédiats. Le rapport souligne que la surpopulation, le manque de sécurité et les conditions de vie dangereuses - notamment des points d'eau éloignés et des installations sanitaires non protégées - ont considérablement accru la vulnérabilité des femmes déplacées. Tawila, désormais sous le contrôle du Mouvement de libération du Soudan dirigé par Abdul Wahid al-Nur, est devenue un refuge pour plus de 715 000 personnes déplacées vivant dans des conditions humanitaires désastreuses. MSF a également recueilli les témoignages de 150 survivants dans les semaines qui ont suivi la prise de contrôle par RSF du camp de Zamzam, situé au sud-ouest d'El Fasher, illustrant encore davantage le caractère généralisé des exactions. L'organisation a averti que le manque persistant de protection et d'accès aux services essentiels exacerbe la crise, appelant à une action internationale urgente pour protéger les civils et soutenir les survivants.

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