
Sécurité - 5 juillet 2026
L'ONU prévient que l'opération Shujaa n'a pas réussi à éliminer la menace des ADF malgré des années de coopération conjointe
Beni, le 5 juillet 2026 - Près de cinq ans après le lancement de l'Opération Shujaa, la campagne militaire conjointe de la République démocratique du Congo et de l'Ouganda contre les groupes armés dans l'est de la RDC, une évaluation des Nations Unies met en lumière des défis persistants, notamment la pénurie de troupes, les contraintes opérationnelles et l'expansion continue de la menace des Forces démocratiques alliées (ADF).
L’opération, lancée en 2021 par les FARDC et les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF), avait pour objectif principal de démanteler les réseaux des ADF opérant dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Cependant, une évaluation récente indique que si plusieurs opérations militaires ont perturbé les activités du groupe, elles n’ont pas réussi à éliminer ses hauts dirigeants.
Le rapport note que de nouvelles offensives ont été menées en février 2026 contre les positions des ADF dans les territoires de Mambasa et d’Irumu, dont une opération visant les structures de commandement du groupe. Bien que des armes, des explosifs et du matériel militaire aient été saisis, les principaux dirigeants des ADF auraient réussi à s'enfuir.
Selon l'évaluation, la pression militaire a contribué à la dispersion géographique des ADF, obligeant les combattants à s'enfoncer plus profondément dans les zones forestières isolées au nord-est de Mambasa. Cependant, ce déplacement a également élargi la portée opérationnelle du groupe et accru les risques pour les populations civiles.
Les experts de l'ONU ont identifié plusieurs facteurs limitant l'efficacité de l'opération Shujaa, notamment des lacunes en matière de renseignement, des difficultés de coordination et des ressources insuffisantes. Ils ont également noté que les opérations des FARDC contre la rébellion AFC/M23 ont réduit la disponibilité des troupes pour les opérations contre les ADF.
Face à ces contraintes, l'armée congolaise s'appuie de plus en plus sur la coopération avec les groupes armés Wazalendo opérant dans plusieurs zones. Il s’agit notamment de factions armées locales impliquées dans des opérations contre les positions des ADF, notamment autour de Manguredjipa dans le territoire de Lubero et d’autres emplacements stratégiques.
Le rapport fait également référence à la mort signalée du commandant des ADF Muhammad Kasibante, connu sous le nom de Difenda ou Defender, à la suite d'affrontements avec les forces de Shujaa en mars 2026. Cependant, les experts de l'ONU ont indiqué qu'ils n'étaient pas en mesure de vérifier ces informations de manière indépendante.
Cette évaluation intervient dans un contexte d'attaques meurtrières continues contre des civils attribuées aux ADF, aggravant la situation humanitaire dans certaines parties du Nord-Kivu et de l'Ituri. Les communautés de Beni, Mambasa et des environs restent confrontées à l'insécurité malgré la présence des forces conjointes congolaises et ougandaises.
La violence persistante a alimenté les déplacements et accru la frustration des populations locales, certains résidents exprimant leurs inquiétudes quant à la capacité des autorités à fournir une protection efficace.
En réponse à la crise actuelle, l’ONU a appelé à plusieurs reprises à la fin des attaques contre les civils et a exhorté tous les acteurs armés à respecter le droit international humanitaire.
La poursuite de l'opération Shujaa fait suite à un cadre de coopération révisé entre Kinshasa et Kampala, signé en 2025, qui a élargi les opérations conjointes contre les ADF et d'autres groupes armés menaçant la sécurité dans l'est de la RDC.
Dans le cadre de l'accord actualisé, les forces des FARDC et de l'UPDF devaient renforcer leur coopération en matière de renseignement, étendre leurs opérations à des zones supplémentaires telles que le territoire de Mambasa et soutenir les efforts de sécurité le long des principales voies de transport, notamment le corridor Kasindi-Beni-Butembo.
Malgré ces efforts renouvelés, la situation reste fragile. Les ADF continuent de représenter l’une des menaces sécuritaires les plus graves dans l’est de la RDC, faisant preuve de résilience malgré la pression militaire soutenue et la coopération régionale.
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