Africa Insight
Illustration - La Communauté rwandaise en France accuse RFI de donner une tribune au FDLR

Politique - 16 novembre 2025

La Communauté rwandaise en France accuse RFI de donner une tribune au FDLR

Par Amina Kabasele2 min de lecture

Kigali, le 16 novembre 2025 - La Communauté Rwandaise de France (CRF) a déposé une plainte formelle contre Radio France Internationale (RFI), accusant le diffuseur de fournir une tribune aux membres du FDLR - un groupe responsable du Génocide de 1994 contre les Tutsi - Et de les présenter comme un mouvement politique légitime.

La plainte, soumise le 15 novembre 2025, a été adressée à l'ARCOM, le régulateur français des communications audiovisuelles et numériques.

Selon la CRF, RFI a franchi une ligne éthique après avoir publié un article le 10 novembre 2025, intitulé : "Nous continuerons à nous battre jusqu'à ce que Kigali accepte des négociations : a déclaré le FDLR." La communauté soutient que l'article, rédigé par le journaliste Patient Ligodi, dépeint le FDLR comme une faction légèrement armée opérant dans l'est de la RDC tout en minimisant son passé génocidaire et son long historique d'atrocités.

La plainte, signée par l'avocat Me Richard Gisagara, note que le FDLR a été largement condamné et sanctionné par les Nations Unies, les États-Unis et l'Union européenne pour les crimes commis tant au Rwanda qu'en RDC orientale au cours des trois dernières décennies. Plusieurs de ses dirigeants ont été condamnés par des tribunaux allemands pour leur rôle dans le génocide et la violence de masse.

La CRF soutient que le reportage de RFI n'a pas fourni les informations contextuelles essentielles, accordant ainsi du respect à un groupe reconnu internationalement comme terroriste.

"La CRF regrette que RFI, en tant que média d'État censé défendre les valeurs démocratiques, n'ait pas rempli sa responsabilité de fournir des informations précises et équilibrées," a déclaré l'organisation. "Au lieu de cela, elle répète les déclarations du groupe sans vérification, leur donnant une crédibilité qu'ils ne devraient pas avoir."

Dans sa soumission, la CRF a cité la loi française du 30 septembre 1986, ainsi que les lignes directrices éditoriales de France Médias Monde et le code de conduite interne de RFI, qui exigent tous des journalistes qu'ils rapportent des informations véridiques, équilibrées et contextualisées. Ces règles interdisent spécifiquement aux journalistes d'agir comme porte-parole de groupes armés.

La CRF a également lié le timing de l'article de RFI à la pression politique en République Démocratique du Congo, rappelant qu'en janvier 2025, le gouvernement de la RDC avait menacé les médias étrangers de sanctions sévères - y compris la peine de mort - pour une couverture jugée contraire à la narration de l'État. Selon la CRF, cette atmosphère a conduit certains médias à propager des messages pro-gouvernementaux sans filtre, augmentant la diffusion de la rhétorique anti-rwandaise.

"Cette pression a poussé certains médias à relayer la propagande de la RDC sans examen," a averti l'organisation. "Un tel biais met en danger les voix rwandaises, qui continuent d'être ciblées par des discours de haine."

La CRF appelle désormais l'ARCOM à enquêter sur l'incident et à prendre les mesures appropriées pour garantir que RFI respecte les normes professionnelles et les obligations légales.

Dans ses remarques finales, la communauté a réaffirmé son engagement à défendre la vérité historique et à combattre la haine et l'impunité : "Nous continuerons à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver une histoire véridique et protéger notre communauté."

À lire aussi