Africa Insight
Illustration - Des frappes de drones frappent Goma et les réactions internationales se multiplient

Sécurité - 22 mars 2026

Des frappes de drones frappent Goma et les réactions internationales se multiplient

Par Jean-Marc Okito4 min de lecture

Goma RDC, le 11 mars 2026 - La ville de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu et actuellement sous contrôle des rebelles AFC/M23, a été frappée par des attaques de drones tôt mercredi matin. Les frappes, attribuées par la rébellion AFC/M23 aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), ont causé des dégâts matériels et au moins trois morts, dont un humanitaire français de l'UNICEF, ainsi que deux autres civils.

Le quartier de Himbi, près du lac Kivu, a été particulièrement touché, avec des habitations et des infrastructures civiles endommagées. La ville est contrôlée par l’AFC/M23 depuis janvier 2025 et sert de quartier général opérationnel de la rébellion dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.

Réponse rebelle

Bertrand Bisimwa, coordinateur adjoint de l'AFC/M23, a condamné ces frappes, accusant le gouvernement de Kinshasa de violer le cessez-le-feu et déplorant le silence des partenaires internationaux. Il a décrit les attaques comme faisant partie d’une campagne visant à « décapiter la révolution » et à forcer une escalade du conflit régional.

Corneille Nangaa, coordinateur politique de l'AFC/M23, a précisé que les frappes auraient visé les dirigeants de la rébellion et des personnalités politiques clés, dont le général Sultani Makenga, Bertrand Bisimwa et Freddy Kaniki. Il a affirmé l’engagement de la rébellion à protéger les civils dans les zones sous son contrôle et a averti que toute escalade serait de la responsabilité de Kinshasa.

Réactions internationales

Belgique : Maxime Patrick Robert Albert Prévot, vice-Premier ministre belge et ministre des Affaires étrangères, a condamné les attaques comme une violation du cessez-le-feu, soulignant que de telles grèves contre les travailleurs humanitaires se multiplient. "L'attaque de drone à Goma a coûté la vie à un humanitaire et à des civils. Les armes doivent se taire. Négocions", a-t-il déclaré sur X, présentant ses condoléances aux familles des victimes.

Union européenne : la commissaire Hadja Lahbib, responsable de la préparation aux crises et de l'égalité, a appelé au respect du droit humanitaire international et à la protection du personnel humanitaire. "Toutes les parties doivent respecter leurs engagements. Les travailleurs humanitaires ne doivent jamais être pris pour cibles", a-t-elle prévenu.

France :Le président Emmanuel Macron a confirmé le décès du travailleur humanitaire français de l'UNICEF et a exhorté toutes les parties à respecter le droit international humanitaire. « Ces travailleurs humanitaires s'engagent à sauver des vies dans un environnement précaire et dangereux », a-t-il déclaré, présentant ses condoléances à la famille, aux collègues et aux proches du défunt.

Nations Unies : La mission de l'ONU en RDC (MONUSCO) a fermement condamné l'escalade, qualifiant les attaques de profondément préoccupantes et réitérant que le fait de cibler le personnel de l'ONU pourrait constituer des crimes de guerre au sens du Statut de Rome. Bruno Lemarquis, chef par intérim de la MONUSCO, a appelé à une enquête rapide et indépendante sur les frappes de drones et a exhorté les deux parties à donner la priorité au dialogue politique pour protéger les civils.

Groupe de contact international (ICG) : Plus tôt, le 5 mars, les membres de l'ICG, dont la Belgique, le Danemark, l'UE, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni et les États-Unis, avaient exprimé leur inquiétude face aux violations du cessez-le-feu dans l'est de la RDC, soulignant l'utilisation de drones dans des opérations militaires mettant en danger les civils. Ils ont souligné qu'il n'existe pas de solution militaire au conflit et ont appelé à des négociations urgentes.

Contexte

Ces frappes surviennent dans le cadre des efforts diplomatiques en cours, notamment les processus de Washington et de Doha, soutenus par l'Union africaine. Malgré ces initiatives, les tensions restent vives entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu'entre Kinshasa et l'AFC/M23, limitant les progrès sur le terrain.

Les attaques ravivent également les inquiétudes quant à la sécurité humanitaire, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) ayant enregistré une diminution des incidents affectant les travailleurs humanitaires en janvier 2026, mais l’attaque de Goma démontre que les risques restent graves.

À lire aussi