
Culture - 15 mars 2026
Bamako fait face à des pénuries de carburant, des coupures d'électricité et des coupures d'eau au milieu du mécontentement du public
Bamako, le 14 mars 2026 - La capitale malienne est aux prises avec une grave crise d'approvisionnement en carburant, affectant particulièrement le diesel, qui a perturbé les services d'électricité et d'eau et alimenté la frustration croissante de la population. Les pénuries, qui durent environ deux semaines, font suite à une instabilité persistante de l'approvisionnement en hydrocarbures après que le Jama'at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM) a imposé un embargo sur les carburants au pays en septembre 2025.
Les résidents signalent des files d'attente allant jusqu'à trois kilomètres devant les stations-service, avec des camions, des bus, des voitures et des motos attendant des heures pour du diesel. Si l’essence reste relativement disponible, la pénurie de diesel s’est aggravée, faisant écho à la crise d’octobre et novembre derniers, lorsque l’impact de l’embargo armé a atteint son paroxysme.
Le secteur de l’énergie a été fortement touché, car les centrales électriques du Mali dépendent du diesel. De nombreux quartiers connaissent désormais des coupures de courant dépassant 24 heures consécutives, tandis que d’autres zones ne reçoivent l’électricité que trois à sept heures par jour, bien en deçà de la promesse des autorités de transition d’environ 19 heures d’électricité par jour pendant le Ramadan.
L'approvisionnement en eau est également affecté, car les stations de pompage dépendent du réseau électrique national exploité par Énergie du Mali (EDM). Les pannes de courant ont entraîné de fréquentes coupures d'eau dans plusieurs districts, aggravant ainsi les griefs du public.
La frustration s’est accrue dans la capitale, s’exprimant ouvertement sur les réseaux sociaux et dans les forums de discussion traditionnels connus sous le nom de « grins ». Les citoyens ont également remis en question les taxes sur les services de téléphonie mobile et les transferts d'argent, introduites il y a un an pour financer les améliorations du secteur énergétique, citant le manque de transparence dans la gestion de ces fonds. Un slogan largement partagé sur les réseaux sociaux reflète bien l’ambiance :
« La noirceur de la nuit, la noirceur du désespoir, la noirceur du nouveau Mali, la noirceur de la propagande. »
Le gouvernement a tenté de minimiser la crise. Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a qualifié l’approvisionnement pétrolier du pays de « régulier », attribuant les pénuries aux pratiques spéculatives et à la thésaurisation de certains opérateurs. Les autorités ont introduit des mesures telles que limiter le carburant des camions à 600 litres par véhicule sur 72 heures pour mieux gérer la distribution.
Parallèlement, les médias d'État continuent de mettre en avant les initiatives de distribution de panneaux solaires aux artisans, promues par le président de la Transition Assimi Goïta dans le cadre des efforts visant à faire face à la crise énergétique. Malgré ces mesures, les observateurs avertissent que les pénuries de carburant et d’électricité mettent en évidence la fragilité du système d’approvisionnement du Mali, en particulier dans un contexte de défis sécuritaires et de difficultés logistiques persistants, laissant la capitale confrontée à l’une des crises de services les plus graves de ces dernières années.
Conclusion
La période du 1er février au 15 mars 2026 illustre une double réalité pour le Mali : une période d’expansion diplomatique stratégique parallèlement à de graves défis en matière de sécurité intérieure et d’infrastructures. Même si le gouvernement de transition a franchi des étapes internationales et juridiques notables, la vie quotidienne des citoyens continue d’être façonnée par l’insécurité et les perturbations des services essentiels.
Développements stratégiques clés
Réalignement diplomatique : Le Mali a mis en avant une politique étrangère multipolaire, marquée par des hommages de haut niveau aux dirigeants iraniens, des présentations de lettres de créance au Kazakhstan et une coopération renforcée avec la Chine.
Évolution des relations occidentales : Les relations avec les États-Unis montrent des signes d’un dégel pragmatique, mis en évidence par la levée des sanctions militaires et les négociations en cours pour reprendre les vols de collecte de renseignements.
Jalons juridiques et économiques : Le Mali a remporté une victoire juridique majeure, les tribunaux régionaux déclarant illégales les sanctions de 2022 de la CEDEAO/UEMOA. Le gouvernement a également fait progresser le développement local, notamment en allouant 18,4 milliards de francs CFA du Fonds de développement minier local aux municipalités.
Des défis persistants
Insécurité croissante : Les groupes insurgés, dont le JNIM et l’armée de l’Azawad, ont intensifié leurs attaques, utilisant des engins piégés et des drones contre les forces maliennes et le personnel du Corps africain. La saisie d’axes de transport clés, comme Kayes-Bamako, souligne la lutte en cours pour maintenir le contrôle territorial.
Crise humanitaire et des services : Bamako est confrontée à une grave pénurie de carburant et de diesel, provoquant des pannes généralisées d'électricité et d'eau. Le mécontentement du public s'est accru, les commerçants protestant contre les incendies, l'insécurité et les interruptions de service dans la capitale.
En fin de compte, les autorités de transition sont confrontées au défi de transformer les acquis diplomatiques et juridiques en stabilité tangible. Le succès de la Stratégie Nationale d’Emergence (SNEDD 2024-2033) dépendra de la sécurisation des corridors stratégiques, du rétablissement de services de base fiables et de la réponse aux besoins humanitaires et sécuritaires urgents de la population.
Par Maïga Sidi Bonkana
(Boukari Zankey Sidi)
Jeff Buleli
À lire aussi

Culture - 27 avril 2026
Coopération en matière de déplacement des réfugiés au Sahel
Bamako, le 13 avril 2026 - La 14ème session de la Commission tripartite entre le Mali, le Burkina Faso et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) s'est ouverte lundi à l'hôtel Salam de Bamako…
Par Sarah Ndaya - 3 min de lecture
Culture - 27 avril 2026
Réforme de l'éducation au Mali
Bamako, le 20 avril 2026 - Les autorités éducatives du Mali ont défini un ambitieux programme de réformes plaçant l'éducation au cœur de la souveraineté nationale, lors d'un échange avec la cinquième promotion de…
Par Amina Kabasele - 3 min de lecture

Culture - 27 avril 2026
Patrimoine culturel et réconciliation au cœur de la 6e édition à venir
Bamako, le 14 avril 2026 - La promotion du patrimoine culturel et la réconciliation nationale ont été mises à l'honneur, mardi, alors que le ministre de l'Artisanat, de la Culture, de l'Hôtellerie et du Tourisme, Mamou…
Par Amina Kabasele - 3 min de lecture
